Éducation : le calvaire des enfants de déplacés à Bamako

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Au Mali, plus de 500 000 enfants sont privés de leurs droits à l’éducation. La cause : la situation sécuritaire du pays ayant provoqué le déplacement des familles et la fermeture de milliers d’écoles au nord et au centre. Les enfants des déplacés du centre du Mali installés dans les sites de déplacés à Bamako font partie de ceux-là  qui ont perdu le chemin de l’école. 

Quelque 500.000 enfants maliens ont vu leur destin se briser à cause de la fermeture de leurs écoles due à  l’insécurité que connaît le pays. C’est ce qui ressort dans le dernier rapport 2023 de l’UNICEF sur l’éducation au Mali. Ledit rapport indique que la majorité des écoles fermées se trouvent dans l’ancienne  région de Mopti englobant de nos jours les régions de Mopti , Bandiagara et Douentza. Les enfants des déplacés du centre du Mali basés dans les sites des déplacés, notamment dans les garbal de Niamana et Faladie sont concernés par cette tragédie. Selon le rapport de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA) de 2021, le Mali comptait en octobre 2020 plus de 311 193 personnes déplacées internes. Ce nombre, selon Adama Diongo, président du Collectif des Associations de Jeunes du Pays dogon, région du centre, a beaucoup augmenté en 2021, 2022, 2023 et 2024. « Le nombre des enfants déscolarisés et non-inscrits à l’école aussi s’augmente chaque année, notamment au niveau des sites déplacés : Garbal de Faladie et Niamana », précise notre interlocuteur.   

Près de 1000 enfants déplacés identifiés

A Bamako, plusieurs centaines d’enfants de déplacés ont été identifiés par les structures étatiques et des organisations non gouvernementales. Selon le Journal Open éditions, journal scientifique malien, sur les 923 élèves identifiés par ses structures, très peu d’enfants et adolescents sont en situation de continuité pédagogique et de reprise scolaire dans les camps de déplacés internes à Bamako et dans ses environs. Le journal indique que  1 223 enfants et adolescents des déplacés sont dans les petits business.  « Plus de la moitié n’étaient pas scolarisés avant leur déplacement, et parmi les scolarisés, nombreux avaient fréquenté le cycle primaire de l’enseignement fondamental avant leur arrivée à Bamako », précise Journal openedition.

 À en croire les données de ce journal, 125 enfants de déplacés sur les 359 identifiés au garbal de Faladié ont abandonné les bancs de l’école, 80 d’entre eux ne sont plus scolarisés. Au Garbal de Niamana , 45 enfants sont en abandon de l’école et 29 non scolarisés sur les 77 enfants de déplacés identifiés. Au site de Sénou, Mountougoula et centre Mabilé de Bamako, des centaines d’enfants ont également vu leurs chances d’aller à l’école réduites.

  L’accès à une éducation de qualité n’est que rarement une option.« A notre arrivée sur le site, il y avait un hangar en paille où tous les enfants du site se retrouvaient chaque jour, tous niveaux confondus.  Certains enfants étaient assis à même le sol, certains sur des nattes et d’autres, ne trouvant pas de place assise, restaient debout sur les côtés. Il n’y avait qu’un seul enseignant pour nous tous. J’y allais chaque jour, mais je n’avais pas envie à cause des conditions difficiles. Il faisait trop chaud, nous manquons d’air. Je n’étais vraiment pas motivé », avait laissé entendre Adama. Quant à Ramata Coulibaly, elle ajoute  : « Les enfants déplacés que nous soutenons ont dû faire face à des épreuves souvent inimaginables. L’école est un lieu où ils peuvent se reconstruire, regagner confiance en eux, se sentir en sécurité” a précisé cet enfant d’un des nombreux déplacés du centre du Mali basés au Garbal de Faladié. Pour elle, “ l’accès à l’éducation au Mali ne doit pas être une option. C’est dans ce but que nous nous battons. ».

Au garbal de Faladié et Niamana, plus de 500 contraintes d’abandonner l’école

Les déplacés des Garbal de Niamana et Faladié sont les plus nombreux des déplacés du centre du Mali. 

Ceci est la carte de Bamako, capitale malienne, sur laquelle nous avons visualisé les garbals de Niamana et Faladié qui se trouvent, tous deux, en commune VI du district

Seulement, dans ces sites, Boukary Diallo, responsable associatif, laisse entendre que près d’un millier d’enfants  déplacés ont abandonné l’école. « Ce qui est plus déplorable, c’est que les filles sont les plus frappées par ce malheur d’abandon d’école », dit-il avant d’ajouter : « Environ 300 filles ne partent plus à l’école au camp des déplacés du garbal de Faladié. A Niamana, ce sont à peu près  200 filles qui ont abandonné ou n’ont pas pu être inscrites à cause des moyens précaires de leurs parents ». Cette version est soutenue par Adama Diongo, responsable d’une ONG locale qui affirme avoir identifié des centaines de filles scolarisées dans ces deux sites de déplacés à Bamako.

En définitive, malgré les efforts inlassables des autorités étatiques, des ONG ainsi que des organisations des Nations unies impliquées dans l’accès à l’éducation pour  tous, les enfants de déplacés du centre à Bamako observent  leur avenir se briser. Pourtant, comme le dit le chercheur Moussa Diarra, “ l’éducation des enfants est la seule arme qui peut essuyer les larmes de ces déplacés du centre qui ont tout perdu dans cette guerre terroriste”. 

Boureima Guindo, La Luciole Mali

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