Le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, a séjourné le lundi et le mardi derniers, à Bamako. Cette visite, première du genre dans l’histoire de la coopération russo-malienne, selon le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, s’inscrit dans le cadre de la nouvelle dynamique enclenchée par le gouvernement, à savoir l’élargissement et la diversification des partenariats stratégiques du Mali, en vue d’une réponse efficace aux défis du moment. Au cours des échanges, Lavrov, qui vient d’être élevé au grade de Commandeur de l’Ordre national du Mali à titre étranger, a promis le renforcement de l’axe Bamako-Moscou dans plusieurs domaines dont la sécurité, l’économie, le commerce, l’éducation …
L’axe Bamako-Moscou se renforce. C’est du moins ce qui se dit depuis l’arrivée au Mali du ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov. Les deux pays, qui entretiennent de bons rapports de coopération depuis des dizaines d’années, décident de renforcer leurs liens. Selon le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, le Mali et la Russie partagent des valeurs, des principes et des préoccupations qui sont communs aux deux pays.
Coopération Mali-Russie, un choix assumé des autorités de transition
Le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie est au Mali au moment où les forces françaises sont en discrédit au Sahel, notamment au Mali et au Burkina Faso. Normal donc que l’Occident, dont la France en première ligne, dénonce ce rapprochement.
En effet, selon le ministre Abdoulaye Diop, la visite de Lavrov s’inscrit dans le cadre de la nouvelle dynamique enclenchée par le gouvernement : l’élargissement et la diversification des partenariats stratégiques du Mali en vue d’une réponse efficace et dans la sincérité. Selon lui, le Mali, en faisant le choix de renforcer la coopération avec la Russie, veut aussi montrer qu’il ne continuera pas à se justifier pour le choix de ses partenaires. « Le Mali veut travailler avec la Russie comme avec tous les partenaires qui inscrivent les actions dans le cadre des trois principes clés qui ont été définis par le président de la Transition », précise le chef de la diplomatie malienne. Ces principes sont, entre autres : le respect de la souveraineté du Mali, le respect des choix stratégiques et des choix de partenaires du Mali et la prise en compte des Maliens dans toutes les décisions prises.
La Russie n’est pas au Mali pour s’imposer, mais à la demande des Maliens. « Nous assumons votre présence ici. Nous vous accueillons à bras ouverts. La Russie est ici à la demande du Mali et la Russie répond de façon efficace aux besoins du Mali en termes de renforcement de capacité de nos forces de défense et de sécurité et nous souhaitons aussi améliorer cela sur le plan économique », insiste le ministre Diop, saluant ainsi le renforcement de l’axe Bamako-Moscou.
Dans son intervention, le chef de la diplomatie malienne a salué la qualité de la coopération entre le Mali et la Russie. La montée en puissance de l’armée malienne est l’un des fruits de cette coopération, selon lui. Diop a également salué l’annonce, par la Russie, de l’approvisionnement régulier du Mali en produits de première nécessité, d’engrais, de blé et d’hydrocarbures.
Révolte contre l’instrumentalisation de la question des Droits de l’homme
Au cours de la conférence de presse tenue à Bamako, les ministres Abdoulaye Diop et Sergueï Lavrov ont jeté des pierres dans le jardin de l’Occident. Le Premier, Diop, l’accuse d’être à la base de la déstabilisation du Sahel et de l’instrumentalisation de la question des Droits de l’homme. « C’est l’intervention occidentale en Lybie qui nous a mis dans la situation dans laquelle nous sommes », a-t-il fait remarquer. Pour lui, les rapports épinglant le Mali sur la question des Droits de l’homme sont biaisés, voire même manipulés. Pire, il ajoute même que ce sont souvent des groupes terroristes qui se transforment en témoins pour accuser l’État. « Nous savons que les Droits de l’homme sont aujourd’hui instrumentalisés, politisés pour des agendas à peine cachés qui visent souvent à renverser les régimes pour pouvoir atteindre un certain nombre d’objectifs », dénonce le chef de de la diplomatie malienne qui précise que la Russie et le Mali se battront contre ce fléau. « Nous travaillons avec la Russie pour dépolitiser la question des Droits de l’homme et aussi faire en sorte qu’elle ne soit pas instrumentalisée à ses fins », indique Diop.
Pour sa part, Sergueï Lavrova dénoncé les approches néocoloniales et la politique de deux poids deux mesures de l’Occident. Il s’est attaqué à l’Occident dans la gestion de la crise ukrainienne. Lavrov accuse même les occidentaux de vouloir décider du sort de tous les continents. « Elles doivent s’habituer au fait que le monde a changé et que la déclaration d’indépendance des pays et peuples coloniaux de 1960 n’était pas une parodie diplomatique, comme il est maintenant coutume de voir dans certains accords en Occident, mais que c’était un document approuvé à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations unies, et qu’il est obligatoire de le remplir », a indiqué Lavrov, qui ajoute que « les anciennes métropoles doivent respecter les décisions prises sur une base universelle et, en réalité, connaître leur place dans le format actuel du développement des relations internationales ».
Les promesses de la Russie à l’endroit du Mali
Comme son homologue malien, le ministre des Affaires étrangères de la Fédération a salué la coopération entre le Mali et son pays. Lavrov est revenu sur les domaines de coopération entre le Mali et son pays. A l’en croire, au-delà de la sécurité, le Mali et la Russie ont décidé d’élargir, de renforcer leurs liens économiques et commerciaux. « Nous voulons que nos volumes d’échanges augmentent. Nous pensons qu’il nous faut développer nos relations dans les domaines comme les ressources minérales, l’énergie, le transport, les infrastructures, l’agriculture. Nous allons diriger les entrepreneurs russes pour qu’ils puissent travailler sur ces questions », annonce le ministre russe des Affaires étrangères qui promet que la Russie continuera son aide humanitaire au Mali dans le cadre bilatéral. « Dans un délai bref, il y aura des livraisons du blé, d’engrais, de produits pétroliers et d’autres produits stratégiques », a annoncé le nouveau Commandeur de l’Ordre national du Mali à titre étranger.
Le chef de la diplomatie russe a également annoncé le renforcement entre le Mali et la Russie dans le domaine de l’éducation. Les 35 bourses accordées aux étudiants maliens seront ramenées à 290. « Nous allons apporter notre soutien au Mali dans l’atteinte de ces objectifs. Nous allons octroyer notre soutien à nos amis dans le cadre bilatéral, non seulement dans le domaine de l’économie, du commerce, de l’humanitaire, mais aussi dans le domaine sécuritaire. Il y a des volontés concrètes dans ces domaines », promet Sergueï Lavrov.
Boureima Guindo
Source : Le Devoir